What Would My Utopia in Intercountry Adoption Be?

This was presented by Lynelle Long at the Child Identity Protection (CHIP) Webinar on Friday 18 Feb, 2022, the topic of the webinar was: Respecting the Child’s Right to Identity in Intercountry Adoption (at 2:58:01 on the video recording).

What I hope for the future is possibly just utopia, but sometimes in speaking the words out loud, our words can find an energy with others who share the same desire, which can start the small wave of thoughts that become an activity, then a movement that has ripple effects, that eventually turn and flow into a tsunami. I know there are so many in our adoptee community who are working so hard for these changes to happen. Each of our efforts can seem small in isolation, but together, en-masse, we will eventually effect that change we are working towards.

My utopia would love to see an end all intercountry adoption as it is currently practiced today: obliterate it or as a minimum, redesign The Hague Convention on Intercountry Adoption to ensure that it respects our right to identity, culture and family relations … and ensure legislation exists that supports our rights as adoptees and for our biological families.

When we do this, we need to also:

  • Remove money from being an incentive for profit and gain.
  • Remove the use of private agencies, centralise adoption and directly hold the responsibility and the risk with the Government / State.
  • Ensure adoptees have the right to annul their adoption and without a cost.
  • Ensure the generational rights to adoptee records i.e., our children and their children need to be given access to our adoption and birth records should we not do so in our lifetime.
  • Improve pre and post adoption supports, make it mandatory that this be free, trauma informed, lifelong and comprehensive; most importantly, in its design, to actively consult with lived experience expertise.
  • Make it mandatory to educate support professionals so they understand the heightened risk of suicide and trauma for adoptees, the inherent racism we face, the identity conflicts, etc .. so many issues we live that need trained and informed support.
  • Stop adoptions that are private/expatriate and from non Hague countries.
  • Create and fund a legal centre of expertise in intercountry adoption to help victims hold agencies and countries accountable where their rights have not been upheld.
  • Create and fund an independent body to monitor and punish Hague signatories who don’t uphold their responsibilities — to deal with issues like deportation by adoptive country, abuse and murder of child by adoptive family. There needs to be accountability for those responsible in placing us into families or countries that are more traumatic than where we came from.
  • Create and fund an international organisation that is setup up to empower and help support bio families search for their children. I meet so many of these bio parents who are disempowered and have nowhere to turn.

But before we even talk about adoption as a solution for a child, we need to ensure the focus and funds prioritises family preservation above all else. If this happened, we should not need intercountry adoption. To accomplish this, we need to help our birth countries implement social welfare alternatives like foster care, guardianship, group homes, simple adoption; and ensure that these are well resourced.

Regardless of whether we have intercountry adoption or not in the future, we need to deal with the past for those who are impacted. This means a historic investigation by an independent body must be conducted into past practices; learn from the lessons, ensure restorative justice for victims, including compensation. Only then when this is done, should we move forward to looking at re-implementing a new model of intercountry adoption.

And let’s not forget, we must make sure we cross pollinate the learnings from intercountry adoption into other family formation methods such as surrogacy – to prevent the further commodification of children and robbing them of their identities too.

These are the things I spend my life working on, creating and joining into the groundswell of people / community working to push for these much needed changes. 

For this to happen, we need to challenge governments and stakeholders around the world to ask the tough question, is intercountry adoption the ethically and morally right thing to do when we know other solutions can exist for vulnerable children that better respect our right to identity, culture and family relations.

Sadly, utopia doesn’t exist and so I can only conclude that until we have a system that upholds our adoptee rights, I don’t believe we should be conducting intercountry adoption in its current form. It is NOT in the best interests of the child to add on layers of trauma that could be prevented when we know better. Yes there will always be children who need support and alternatives .. but, we can’t keep repeating the mistakes of the past and turning a blind eye to what we are doing to so many en-masse. We must do better and challenge ourselves to be honest, truthful, listen to the voices of those it impacts most, and heed the lessons we can learn.

Adopté d’Haïti

par Christla Petitberghien adoptée d’Haïti en France.
English version here.

France and Haiti flags

Si la réforme de 2013 a certes permis une avancée, je ne pense que cela suffise. Je crois qu’il faut abolir l’adoption plénière qui non seulement prive les personnes adoptées du contact pourtant crucial avec leur familles naturelles mais aussi efface même leur existence juridiquement. Notre certificat de naissance est déclaré nul et non avenue et est remplacé par un autre document fictif qui déclare que nous sommes nés de nos adoptants. C’est de la falsification. Autrement dit,c’est une forme de détournement cognitif qui nie et écrase notre identité biologique première et notre réalité au profit d’une “Fiction” dite légale et pourtant qui est à l’origine de la plupart des discriminations systémiques auxquelles nous devons faire face nous , personnes adoptées, groupe social marginalisé et invisibilisé. Je me demande toujours comment les gens peuvent trouver ça normal de couper et de détruire les liens entre l’enfant et sa famille ? Comment est-ce que nous pouvons trouver cela acceptable ? Pourquoi nous trouvons normal que des individus est à passer leur vie à chercher leur famille ? À vivre dans l’incertitude et la non-information ? À se demander qui si sa famille est toujours en vie ? Ou si nous retrouverons nos pères et mères décédés ? Pourquoi avons-nous tant banaliser la séparation et cherchons même à l’encourager. Nous devrions cesser de croire que retirer les enfants des familles aux situations socio-économique précaires aide l’enfant. Ça ne l’aide pas. Ça ne résout rien si ce n’est créer plus de traumas à cette enfant.

Dans le système de l’adoption, la pauvreté est perçue comme une raison pouvant justifier l’adoption des enfants. On suppose donc que retirer les enfants de leur famille est une solution à la pauvreté. Alors même que les conditions de vie de la famille d’origine ne devraient pas être la raison de toute séparation d’un enfant à ses parents. N’avons-nous pas vu les véhémentes réactions de la population américaine et mondiale lorsque Donald Trump avait mis en place une politique de séparations entre des familles immigrées et leurs enfants? Combien de personnes étaient scandalisées ? Combien de personnes alertaient sur le fait que séparer un enfant de sa famille en raison de leur situation économique est inhumain ? Pourtant, dans le cadre de l’adoption, la même chose se produit. Les mères sont séparées de leurs enfants pour des raisons économiques et sociales au lieu de recevoir le soutien approprié et personne ne s’en offusque. Grâce à l’adoption, cela est rendu acceptable. Riitta Högbacka, chercheuse à l’université de Helsinki a bien rappelé dans son étude sur “l’adoption internationale et la production sociale de l’abandon” que “l’Assemblée générale des Nations unies (2010) a, par exemple, clairement déclaré que la pauvreté ne devrait jamais être la seule justification pour retirer un enfant à ses parents, pour le placer dans une structure de protection de remplacement ou pour empêcher sa réinsertion, mais qu’elle devrait être considérée comme un signal de la nécessité d’apporter un soutien approprié à la famille. Dans la pratique, le manque matériel est un facteur majeur de motivation des adoptions, et les mères naturelles appauvries n’ont pas reçu d’aide ou de soutien pour garder leur enfant. Le système d’adoption laisse les mères à elles-mêmes et ne les aident pas.” C’est bien vrai, combien d’entre nous, avons retrouvé nos familles dans la même situation qu’au moment de notre adoption ? Toujours dans la même pauvreté , toujours sans ressources et n’ayant reçu aucune aide ? Les parents sont toujours laissés pour compte dans le système de l’adoption. Comme l’a dit Debora L. Spar,la doyenne associée principale de la Harvard Business School Harvard School of Business, «Ce sont les États pauvres qui produisent les enfants et les riches qui les consomment. Dans ce processus, les parents pauvres sont laissés pour compte, n’étant que les fabricants initiaux des enfants d’autres personnes. ».

Arrêtons de penser que les enfants dans les crèches et orphelinats n’ont pas de familles, qu’ils ont été délaissés ou abandonnés parce que ce n’est pas vrai pour la très grande majorité. Beaucoup de personnes prétendent que les familles ont fait le choix de laisser leur enfants. Ce n’est pas vrai. Aucunes n’avaient la capacité de faire un choix authentique réel et authentique. En effet on leur propose pas d’autres possibilités que l’adoption. Il n’existe pas d’alternatives de prise en charge temporaire, d’aider financière, de structures d’acceuil des mères en situation difficiles, de soutien face aux manques de ressources. Donc qu’est-ce qu’un choix fait en l’absence d’autres choix ?Ce que nous ne considérons pas dans la rhétorique du supposé libre choix des familles naturelles, c’est le cadre bien précis et contraignant dans lequel la décision de la séparation s’inscrit. De fait, ce que nous écartons de la table, c’est la manière dont le renoncement de l’enfant par une mère et sa famille a été déterminé par des facteurs sociaux, économiques et politiques.les actions de la plupart des mères naturelles, loin d’être un choix éclairé et fait en toute liberté sont plus des séparations forcées qu’autre chose. Leur “choix” s’est fait en l’absence de toutes autres alternatives, donc contraint par l’inégalité des conditions dans lesquelles elles vivent. De plus,lorsqu’on parle de « consentement éclairé » en matière d’adoption, il faudrait rappeler que toujours ce consentement n’est jamais parfaitement éclairé et qu’il y’a toujours une énorme asymétrie d’informations qui participent à favoriser les consentements des mères naturelles. En effet, si quelques fois les mères ont été correctement informées de leur perte de tous droits parentaux sur l’enfant et la rupture permanente avec leur progéniture que cause l’adoption, certaines informations qui seraient pourtant déterminantes pour la prise de décisions des mères ne leur sont jamais dit. De quoi je parle ? Du traumatisme dévastateur qu’engendre la séparation d’une mère et son enfant tant pour elles-mêmes que pour l’enfant. Les mères ne sont jamais mises au courant des recherches établie sur la séparation, des risques pour l’adopté, des chances d’infertilité secondaire et de développer des troubles psychiques et un stress post-traumatique, de l’importance du lien mère-enfant. Comment expliquer que les adoptants sont aujourd’hui dûment informés des effets des traumatismes ( séparation, déraciment et adoption) sur l’enfant adopté alors même que les mères naturelles qui sont poussés à prendre une décision aux conséquences irréversibles ne le sont pas ? On voit donc que le consentement ne peut dès lors jamais être fait de façon éclairée quand on omet la vérité sur le devenir de l’enfant et sa mère.

Ainsi, nous devons penser les enfants des crèches non comme délaissés mais comme ayant une famille. Ces enfants ont des parents et sinon toute une famille élargie qui tiennent à eux. Nous devons penser pas à cette famille. Parce que nous n’aiderons véritablement les enfants, nous ne pourrons prévenir les abandon qu’en prenant en compte leur famille. Aidons les plutôt à garder leur enfants. Soutenons les financièrement pour qu’ils puissent les élever dignement. Investissons dans les associations de préservation familiale et réunification familiales. Investissons dans les programmes d’autonomisation des familles. Travaillons pour réduire toujours plus le nombre d’adoptions.

Is Adoption Really the Best Option?

A transracial adoptee from Haiti weighs in

by Judith Alexis Augustine Craig adopted from Haiti to Canada.

Judith’s orphanage photo – Haiti, 1979

Since the announcement of Judge Amy Coney Barrett as the new nominee for the Supreme Court there has been intense scrutiny of her politics, religious views and her family. As a Haitian adoptee myself I took great interest in the discussions around her adopted children from Haiti. There were many questions about legitimacy of her adoptions, particularly her son who was adopted following the Haitian earthquake. This particularly struck a cord with me, because following the Earthquake there was a lot of questionable removals of Haitian children.

I was interviewed by several media outlets following the Earthquake and this question was raised continuously. At the time my response was direct. I was aware that many children had been legally adopted but were waiting for the government to approve the process so they could join their adoptive families abroad. I felt in light of the situation it was appropriate for those children to be allowed to join their families immediately. The challenge became for those children who were ‘presumed’ to be orphans following the earthquake and were ‘rescued’ by many international agencies who scooped them up and removed them from Haiti without verify if they were truly orphans or if there were alternative family members for the children to live with. We watched in horror as children were flown out of Haiti within a week following the Earthquake and then learnt that they were not orphans, nor were they apart of an adoption process and worse still had families. In addition, we saw members of a religious group try and illegally cross the border to Dominican Republic with Haitian children none of whom were orphans. These are merely a few examples of illegal child abductions which occurred directly following the Earthquake.  

Many people felt these international religious organizations or NGO’s were doing right by removing these children from this horrific natural disaster, instead the opposite was true. These children had just experienced extreme trauma and now faced another trauma being removed without warning, consent or preparation. The International Social Services (ISS, 2010) stated that intercountry adoption should not take place in a situation of war or natural disaster when it was impossible to verify the personal and family situations of children.1

The sad reality is that black market international illegal adoptions continue to thrive worldwide, with children either being kidnapped from their parents or parents being coerced into relinquishing their children. They are persuaded to do this amid false promises that they will be educated abroad and then returned to their family or that their families will be able to join them in the future. This has resulted in many countries either closing their borders to international adoption all together or implementing stricter regulations.  

Haiti followed suit and introduced stricter measures banning private adoptions, limiting the number of international adoptions per year, closing substandard orphanages and rewriting the adoption code. Additional measures included more support for families in Haiti prior to them agreeing for their child to be adopted and a mandatory period of time for families to change their mind.2

While some fear these new restrictions will mean that the 50,000 children in orphanages will languish in care, reform is absolutely necessary to protect children and their families’. During my trip to Haiti while I was searching for my biological family, I met dozens of families who had relinquished their children years earlier many under false pretences and never heard or saw them again. It was heart-wrenching to see these families in such pain and anguish over their lost children. Many of the ‘orphans’ in Haiti are placed in orphanages due to economic hardships their families are experiencing. Leaving their children at an orphanage is intended for a short period of time while they stabilise their lives. Many parents have every intention to return to resume caring for their children. Imagine the horror when they found their child was adopted abroad. So, what is the solution?

As a social worker for the past 15 years I have worked in developed countries with intricate child welfare systems that support children and their families who experience a wide range of challenges. Foster care systems do not exist in Haiti in this same manner and this is an area that could provide much needed temporary support for families. While this approach will require further education for the Haitian community and a financial and practical commitment from the government it will keep families together and prevent unnecessary and illegal adoption.

While I can’t speak to the specific circumstances surrounding Judge Barnett’s adoptions, I am hopeful that they were legal and above aboard. My greater hope is that further transformation within the international adoption system will continue to occur so that families can remain together wherever safely possible and reforms will continue to protect the rights of children and their families. Adoption should be a last resort, when all other avenues to keep children within their family is fully exhausted and supported.


  1. Intercountry Adoption after the Haiti Earthquake: Rescue or Robbery?
  2. Haiti fixes adoption system, but some fear too few adopted

Ce n’est pas un choix

Nous ne choisissons pas de naître
Nous ne choisissons pas d’être adopté.e

par Thomas Zemikaele SJ né eb Ethiopie et élevé en France.
English translation here.

No Choice par Michael Lang, Saartchi Art

Comme à des milliers de personnes adoptées, une des nombreuses questions qui m’a été posée fut “Tu viens d’où ?” Ma réponse commençait invariablement de la même manière : “Je viens de loin. Et même de très loin.” Car psychologiquement, géographiquement, et comme beaucoup de personnes, je (re)viens de loin.

Longtemps et plutôt inconsciemment, j’ai considéré que j’avais eu de la chance. La chance d’avoir été choisi, malgré tout, la chance d’avoir pu être sauvé. C’était une loyauté implicite. Mais tout aussi inconsciemment et en parallèle, une part de moi ressentait fermement que c’était et que c’est en réalité un faux sujet que cette loyauté. Une approche et une lecture pernicieuses même.

Aujourd’hui, je le dis sans hésitation et sans trembler : en tant que personne adoptée, nous ne devons absolument rien. Je dis bien : absolument rien. Pourtant, mon propre parcours me ferait dire, et ferait dire volontiers, que je suis supposé devoir quelque chose, la survie. Sauf que je ne suis pas responsable de ce qui s’est produit. Avoir été adopté n’est pas, de mon point de vue, et ne peut pas être fondamentalement avoir été sauvé. Alors que c’est exactement ce que les autres entendaient lorsque je leur disais d’où je venais ; ils entendaient que j’avais été sauvé (grâce à l’adoption). Mais s’ils m’avaient bien écouté, ils auraient surtout entendu autre chose, ce que j’avais pourtant clairement dit : j’ai survécu. La nuance est de taille.

Car oui, il serait plus exact de dire que j’ai survécu. J’ai survécu car même en ayant souffert moralement et physiquement, en touchant du doigt la solitude glaçante, en ayant ressenti la peur, l’inconfort, en ayant été immergé dans une obscurité où la mort n’était pas bien loin, j’ai tenu. J’ai tenu car mon père biologique avait été là, juste un peu avant que je ne fasse l’expérience de la laideur du monde. Il avait fait en sorte que je survive. De lui, oui, je pourrais dire qu’il m’a sauvé. Oui. Et s’il y a bien un autre être à qui je dois quelque chose, un sentiment, une chaleur, c’est à ma mère, celle qui a dû supporter l’impensable pour une mère : accepter et continuer de vivre sans son premier enfant. Elle non plus n’a pas choisi.

Systématiquement, chaque fois que je songe à ces décennies perdues, gâchées par le hasard et les circonstances, gâchées par l’incompétence de certains incapables, ma gorge se noue et je dois m’efforcer de retenir et mes larmes et mes cris. Si je m’autorisais à flancher, une seconde, juste une seconde, on me prendrait pour un fou. Je dois à mon père les risques qu’il a pris et fait prendre aux autres, sur plus de 1000 kilomètres pour ne pas que je succombe. Non, ni mes parents, ni ma terre, ni moi, n’avons véritablement choisi tout ce qui a suivi.

Bien sûr, je peux être respectueux de ce que j’ai eu par la suite, des soins, de l’éducation, du toit qui n’a pas toujours été protecteur et apaisant, je peux être respectueux pour l’assiette pleine. J’ai été et je suis respectueux mais pas redevable. Je ne dois rien. Car je n’ai rien demandé, j’ai accepté. Accepté de vivre. Mais ce qui m’avait été promis, ce qui avait été promis au travers du deal de l’adoption, je ne l’ai pas vraiment eu, loin de là. J’ai subi d’autres pertes, mon sourire s’est fait plus rare, mes rires ont disparu, beaucoup trop tôt, mes douleurs ne se sont pas toutes envolées. Ma flamme intérieure a continué de vaciller sous les vents de l’existence et des névroses d’adultes. La sécurité, la paix, ne parlons même pas du bonheur, je ne les ai pas vraiment eus. J’ai fait avec. Ou plutôt sans.

Mais “ça va” ! Combien de fois a-t-on éludé des questions derrière ce “ça va” alors que rien n’allait. Bref beaucoup de choses sont désormais claires dans mon esprit, je ne négocie plus ni implicitement ni ouvertement. Tous comme certains de mes souvenirs enfouis jusqu’ici, ma colère se libère. Une colère froide, une colère qui n’emprisonne plus, une colère qui n’aveugle plus. Une colère que je pense être légitime. Je n’avais pas compris. Je ne comprenais pas. Je n’avais pas digéré.

De nombreux témoignages loin d’être anecdotiques, et pourtant on continue de présenter l’adoption comme une chance, un cadeau. Mais à bien y réfléchir, NOUS SOMMES le cadeau. Nous n’avons reçu aucun cadeau et n’en recevons toujours aucun. Sauf à considérer que le fardeau de la survie soit un vrai cadeau. Nous avons perdu et continuons parfois à perdre au fil du temps. Clairement, nous sommes offerts à des destinées hasardeuses, et rien ne nous est offert. Pas même parfois l’amour désintéressé, non égocentré, le véritable amour, et pas même l’écoute. Nous comblons des manques, des carences, mais nos propres manques et nos doutes sont parfois démultipliés, confirmés, nourris. Nous sommes supposés dire “merci” alors que ce sont des “pardon” que l’on devrait nous dire, sans manipulation. Nous sommes parfois considérés comme illégitimes alors que ce sont les conditions de l’adoption, ses modalités, qui sont parfois manifestement illégales, illégitimes. Et il arrive même que ce soit notre “nouvelle famille” qui soit en réalité complètement illégitime. Illégitime quant au droit qu’elle est persuadée d’avoir sur notre mental et sur notre corps, et quelquefois sur les deux en même temps. La légitimité est de notre côté. Nous ne sommes plus des enfants, et nous avons aussi, d’une certaine manière, je le crois, une responsabilité vis-à-vis des petits, des jeunes, des adolescents dont on croit qu’ils sont juste en crise d’adolescence ; une responsabilité aussi pour ces adultes dont la parole continue d’être niée, caricaturée, décrédibilisée, minorée. Nous ne choisissons pas de naître. N’oubliez jamais, qui que vous soyez, que nous ne choisissons pas non plus d’être adopté.e.

J’ai vécu mon arrivée et mon “adoption” avec la sensation profonde d’émerger d’un long cauchemar, d’un monde sans sons, sans saveurs, fait simplement de peurs et de douleurs. Comme un véritable moment de renaissance inversé. Ce n’était pas une “adoption” à mon sens, ce n’était pas ma “nouvelle” famille, c’était ma famille. Sans forcément être heureux, j’étais à la fois fasciné mais surtout apaisé. Comme si enfin je déposais les armes après une éternité faite d’instants d’hypervigilance. J’étais apaisé lorsque je me suis retrouvé devant mon père “adoptif”. Oui, bien qu’épuisé par le voyage et l’intensité des instants, j’étais happé par ce nouvel environnement, ce nouveau monde, lors de ce soir d’arrivée. Ca pourrait sembler beau présenté ainsi. Et pourtant… C’est tellement plus complexe et tellement différent en profondeur. Car n’oubliez pas non plus : un bébé, lorsqu’il naît, il crie et pleure. C’est plutôt bon signe et rassurant pour sa courageuse mère et pour ceux qui le font venir et l’entourent. Mais des cris et des pleurs, ce n’est pas un hasard, pour le coup. Je n’ai pas crié, je n’ai pas pleuré ce soir-là. Je regardais juste, je levais et relevais la tête, silencieux. C’était il y a près de 32 ans.

Pendant ces 3 décennies, je n’avais pas saisi certaines choses, je ne réalisais pas quelques-unes des facettes de sujets qui pourtant me concernaient aussi. Comme celui de l’adoption. Je n’avais pas été un enfant adopté, je n’étais pas une personne adoptée. C’était autre chose. Les circonstances avaient juste permis que je vive plus longtemps que ce qu’un hasard avait tenté d’imposer. Cette même loterie qui m’avait enfin permis de sortir de cette obscurité.

Pour toutes ces raisons, et longtemps, je n’ai pas été très critique concernant l’adoption. Mais c’était tout “simplement” parce que je tenais à la vie que j’avais accepté le moindre mal. Parce que j’étais déjà épuisé, éprouvé, dans tout mon être. Alors je crois que je voulais simplement souffler un peu. Mais même si elle a été plutôt supportable au début, l’adoption n’a pas manqué directement ou indirectement, de m’apporter son lot de difficultés, d’autres traumatismes, d’autres souffrances.

Pendant plus de 30 ans, j’ai vécu, ou cru vivre, au grès des flashs, sans savoir d’où je venais exactement, sans avoir d’informations sur mes origines précises, sur mon passé. Seuls quelques instants étaient préservés, gravés. Imprimés dans un cerveau en mode sécurité car en alerte permanente. Bien sûr je savais que je venais d’Ethiopie. Mais l’Ethiopie c’est 2 fois la France et avec une diversité que l’on imagine pas. Nous, adoptés éthiopiens, sommes tous nés à Addis-Abeba à en croire la version officielle. C’est écrit noir sur blanc sur le certificat de naissance. Dans notre cas, c’est surtout écrit blanc sur noir le plus souvent. Pourquoi faire compliqué lorsqu’on peut faire simple et modeler une réalité, lorsqu’on peut falsifier et s’arranger avec les “faits” ?

Survivre à certaines affections physiques et chocs psychologiques, c’est parfois possible. Parfois. Mais clairement, les quelques difficultés majeures restaient de ne pas savoir, de se sentir multiple, d’avoir parfois le sentiment étrange d’être un autre, au fond, tout au fond, et donc de ne pas se sentir vraiment soi. Comme s’il y avait un autre “je” préservé quelque part, comme si parfois on était juste spectateur de cet autre soi déraciné et contraint de vivre une vie dans un environnement différent, un environnement dans lequel il avait fallu s’adapter, se nier aussi parfois. Un tiraillement constant, plus ou moins tenace. Qui vous freine, vous désoriente, vous fragilise, vous affaiblit, vous oblige, donc malgré vous, à creuser en vous, pour voir s’il reste quelque chose. Oui, le plus dur ça a été de ne pas savoir, et de faire l’expérience de parties de soi qui s’éteignent. Il en va du muscle comme de parties de votre âme. S’éteindre en partie, littéralement.

Pourtant, j’avais accepté le principe de mon adoption, en témoignait le fait que je ne le vivais pas en tant qu’adoption. Et puis objectivement, il n’y avait pas d’autre solution dans mon cas, dans le contexte, dans cette époque. Tout ça, je l’intégrais et le cautionnais même. Mais je n’ai jamais compris pourquoi ça devait aller de pair avec l’injonction d’être heureux, voire même avec celui de faire le deuil de son passé. Je n’étais pas heureux et je n’avais fait le deuil de rien. On ne m’avait pas prévenu qu’il y aurait autant de deuils à faire. Même après. Surtout après.

Hélas, le bonheur ne se décrète pas. Ca se saurait si tel était le cas et le monde ne serait pas à ce point barré, éclaté, instable. Je n’acceptais pas et je n’accepte toujours pas que l’on prétende, même subtilement, que je suis supposé être heureux, content, satisfait, sous prétexte que j’ai échappé à la mort, à la famine, à la guerre, à un non avenir. Je ne l’entends pas et je l’entends plus autrement : le plus triste et douloureux reste malgré tout que je n’ai pu échapper à l’adoption. Car dans l’adoption, tout y est pour partie : la mort, la famine, la soif, la guerre, le non avenir, un avenir perdu car non vécu. Des pertes. Des pertes inestimables. Mêmes si l’on a l’immense joie, la délivrance, de retrouver les siens ou d’avoir été retrouvé.e. Des instants, des années, une part d’une vie est perdue.

Non décidément, nous ne choisissons pas d’être adopté.e et au fond, je pense que nous subissons au moins une double violence. La première, la naissance, est acceptable et même belle, magique, sauf éventuellement pour l’être qui naît. C’est la vie, le mystère et le sublime de la vie. La seconde violence, l’adoption, est beaucoup moins belle : car c’est le monde. Le monde que l’on fait, le monde que nous subissons, le monde et ses injustices. Nous les avons subi, nous les subissons longtemps parfois ces injustices, sous des formes diverses. Mais subir ne signifie certainement pas accepter, ni tolérer.

Can Intercountry Adoption be Ethical? Does it do Good?

In this new 3-part series, Leigh Matthews at the DoGooder Podcast (also the co-founder of Rethink Orphanages), discusses with me the why and how of whether intercountry adoption does good and can it ever be ethical.

Personally I found this interview to be the most in-depth I’ve ever done on this topic. I had no pre-empting of the questions and by the end, I was a little shaken and rattled as I realised some of the content I’d spoken about wasn’t as cohesive as I’d would have liked because nobody had ever asked such intensive questions before. After all these years in speaking, I have usually refined the way I describe and answer questions because in repeatedly speaking on the topic, I get more succinct over time. This time however, my thinking/speaking is raw for a good portion of it and Leigh did a fantastic job of rattling me! She has a natural way of understanding this topic given orphanage tourism is so closely connected.

I can’t wait to hear the next two ladies in this series: Jessica Davis, American adoptive mother who returned her adopted child to her family in Uganda after discovering she had not been a true orphan nor relinquished with a clear understanding of our western legal concept of adoption. Jessica has gone on to found an organisation Kugatta to assist other adoptive families who find themselves in situations like hers. Then Laura Martinez-Mora, a lawyer and Secretary in the Hague Permanent Bureau team, responsible for the intercountry adoption portfolio who provides her professional perspective.

Our views together on this topic will help develop some much needed in-depth conversation about how intercountry adoption occurs today, whether it does more harm than good, and whether it can be ethical.

You can listen here.

Huge thanks to Leigh Matthews for the privilege of being involved in your podcast!