Adopté d’Haïti

par Christla Petitberghien adoptée d’Haïti en France.
English version here.

France and Haiti flags

Si la réforme de 2013 a certes permis une avancée, je ne pense que cela suffise. Je crois qu’il faut abolir l’adoption plénière qui non seulement prive les personnes adoptées du contact pourtant crucial avec leur familles naturelles mais aussi efface même leur existence juridiquement. Notre certificat de naissance est déclaré nul et non avenue et est remplacé par un autre document fictif qui déclare que nous sommes nés de nos adoptants. C’est de la falsification. Autrement dit,c’est une forme de détournement cognitif qui nie et écrase notre identité biologique première et notre réalité au profit d’une “Fiction” dite légale et pourtant qui est à l’origine de la plupart des discriminations systémiques auxquelles nous devons faire face nous , personnes adoptées, groupe social marginalisé et invisibilisé. Je me demande toujours comment les gens peuvent trouver ça normal de couper et de détruire les liens entre l’enfant et sa famille ? Comment est-ce que nous pouvons trouver cela acceptable ? Pourquoi nous trouvons normal que des individus est à passer leur vie à chercher leur famille ? À vivre dans l’incertitude et la non-information ? À se demander qui si sa famille est toujours en vie ? Ou si nous retrouverons nos pères et mères décédés ? Pourquoi avons-nous tant banaliser la séparation et cherchons même à l’encourager. Nous devrions cesser de croire que retirer les enfants des familles aux situations socio-économique précaires aide l’enfant. Ça ne l’aide pas. Ça ne résout rien si ce n’est créer plus de traumas à cette enfant.

Dans le système de l’adoption, la pauvreté est perçue comme une raison pouvant justifier l’adoption des enfants. On suppose donc que retirer les enfants de leur famille est une solution à la pauvreté. Alors même que les conditions de vie de la famille d’origine ne devraient pas être la raison de toute séparation d’un enfant à ses parents. N’avons-nous pas vu les véhémentes réactions de la population américaine et mondiale lorsque Donald Trump avait mis en place une politique de séparations entre des familles immigrées et leurs enfants? Combien de personnes étaient scandalisées ? Combien de personnes alertaient sur le fait que séparer un enfant de sa famille en raison de leur situation économique est inhumain ? Pourtant, dans le cadre de l’adoption, la même chose se produit. Les mères sont séparées de leurs enfants pour des raisons économiques et sociales au lieu de recevoir le soutien approprié et personne ne s’en offusque. Grâce à l’adoption, cela est rendu acceptable. Riitta Högbacka, chercheuse à l’université de Helsinki a bien rappelé dans son étude sur “l’adoption internationale et la production sociale de l’abandon” que “l’Assemblée générale des Nations unies (2010) a, par exemple, clairement déclaré que la pauvreté ne devrait jamais être la seule justification pour retirer un enfant à ses parents, pour le placer dans une structure de protection de remplacement ou pour empêcher sa réinsertion, mais qu’elle devrait être considérée comme un signal de la nécessité d’apporter un soutien approprié à la famille. Dans la pratique, le manque matériel est un facteur majeur de motivation des adoptions, et les mères naturelles appauvries n’ont pas reçu d’aide ou de soutien pour garder leur enfant. Le système d’adoption laisse les mères à elles-mêmes et ne les aident pas.” C’est bien vrai, combien d’entre nous, avons retrouvé nos familles dans la même situation qu’au moment de notre adoption ? Toujours dans la même pauvreté , toujours sans ressources et n’ayant reçu aucune aide ? Les parents sont toujours laissés pour compte dans le système de l’adoption. Comme l’a dit Debora L. Spar,la doyenne associée principale de la Harvard Business School Harvard School of Business, «Ce sont les États pauvres qui produisent les enfants et les riches qui les consomment. Dans ce processus, les parents pauvres sont laissés pour compte, n’étant que les fabricants initiaux des enfants d’autres personnes. ».

Arrêtons de penser que les enfants dans les crèches et orphelinats n’ont pas de familles, qu’ils ont été délaissés ou abandonnés parce que ce n’est pas vrai pour la très grande majorité. Beaucoup de personnes prétendent que les familles ont fait le choix de laisser leur enfants. Ce n’est pas vrai. Aucunes n’avaient la capacité de faire un choix authentique réel et authentique. En effet on leur propose pas d’autres possibilités que l’adoption. Il n’existe pas d’alternatives de prise en charge temporaire, d’aider financière, de structures d’acceuil des mères en situation difficiles, de soutien face aux manques de ressources. Donc qu’est-ce qu’un choix fait en l’absence d’autres choix ?Ce que nous ne considérons pas dans la rhétorique du supposé libre choix des familles naturelles, c’est le cadre bien précis et contraignant dans lequel la décision de la séparation s’inscrit. De fait, ce que nous écartons de la table, c’est la manière dont le renoncement de l’enfant par une mère et sa famille a été déterminé par des facteurs sociaux, économiques et politiques.les actions de la plupart des mères naturelles, loin d’être un choix éclairé et fait en toute liberté sont plus des séparations forcées qu’autre chose. Leur “choix” s’est fait en l’absence de toutes autres alternatives, donc contraint par l’inégalité des conditions dans lesquelles elles vivent. De plus,lorsqu’on parle de « consentement éclairé » en matière d’adoption, il faudrait rappeler que toujours ce consentement n’est jamais parfaitement éclairé et qu’il y’a toujours une énorme asymétrie d’informations qui participent à favoriser les consentements des mères naturelles. En effet, si quelques fois les mères ont été correctement informées de leur perte de tous droits parentaux sur l’enfant et la rupture permanente avec leur progéniture que cause l’adoption, certaines informations qui seraient pourtant déterminantes pour la prise de décisions des mères ne leur sont jamais dit. De quoi je parle ? Du traumatisme dévastateur qu’engendre la séparation d’une mère et son enfant tant pour elles-mêmes que pour l’enfant. Les mères ne sont jamais mises au courant des recherches établie sur la séparation, des risques pour l’adopté, des chances d’infertilité secondaire et de développer des troubles psychiques et un stress post-traumatique, de l’importance du lien mère-enfant. Comment expliquer que les adoptants sont aujourd’hui dûment informés des effets des traumatismes ( séparation, déraciment et adoption) sur l’enfant adopté alors même que les mères naturelles qui sont poussés à prendre une décision aux conséquences irréversibles ne le sont pas ? On voit donc que le consentement ne peut dès lors jamais être fait de façon éclairée quand on omet la vérité sur le devenir de l’enfant et sa mère.

Ainsi, nous devons penser les enfants des crèches non comme délaissés mais comme ayant une famille. Ces enfants ont des parents et sinon toute une famille élargie qui tiennent à eux. Nous devons penser pas à cette famille. Parce que nous n’aiderons véritablement les enfants, nous ne pourrons prévenir les abandon qu’en prenant en compte leur famille. Aidons les plutôt à garder leur enfants. Soutenons les financièrement pour qu’ils puissent les élever dignement. Investissons dans les associations de préservation familiale et réunification familiales. Investissons dans les programmes d’autonomisation des familles. Travaillons pour réduire toujours plus le nombre d’adoptions.

Abandoned Adopted Here: Review

Screen Shot 2016-02-17 at 10.13.33 pmAbandoned Adopted Here is an adoptee coming-of-age representation en masse whereby we see for the first time the older aged intercountry adoptees of the 1950s and 60s giving insight as to how they navigated the space between two identities, cultures and countries.

I loved seeing so many creatives/artists in one medium reflecting on their journeys and sharing with such openness on what it means to be transracially adopted.

As an inter-country adoptee from the 1970s era, I loved being able to see a reflection of my own experience! The words many shared, describes mine, yet they are the older generation who I hadn’t publicly heard a lot from. Lucy has enabled them to find their voice which is so important in modelling to the next generations of adoptees growing up! I also learnt about the mass movement of Hong Kong children to Britain interwoven with the history of Britain and how it was so similar to my experience of coming to Australia prior to the multicultural era!

The film is an honest portrayal of the difficulties we navigate to fit in and ultimately how we reconcile and embrace the differences between our identities we were born into but lost versus the identity we inherit from being adopted.

Screen Shot 2016-02-17 at 10.17.53 pm

Abandoned Adopted Here also sharply portrays the lack of preparedness adoptive parents had in those early 50-60s days and how it impacted on the adoptee – of being forced to conform to their white surroundings, stifling their natural curiosity questions which could have allowed openness but instead emphasised Britishness.

The documentary depicts the common struggle most transracial adoptees share of being judged at a physical level by people who don’t know us and then their shock when we open our mouths and speak with such clear adopted-tongue accents!

I love how the film interweaves excerpts from Lucy’s play which gives us an in-depth look at her own personal struggles, layered with the other artists and showing the commonalities inter-country adoptees share.

Abandoned Adopted Here is not just for adoptees, it challenges East Asians in general to “own” their input to the British empire’s history and expect to be included!

Terrific documentary by Lucy Sheen, intercountry adoptee from Hong Kong to Britain.
Her website about her documentary:  Lucy Sheen’s Abandoned Adopted Here.

Review by Lynelle Long
Founder of InterCountry Adoptee Voices
Adopted from Vietnam to Australia