Adopté d'Haïti

par Christla Petitberghien adoptée d'Haïti en France.
version anglaise ici.

Drapeaux de la France et d'Haïti

Si la réforme de 2013 a certes permis une avancée, je ne pense que cela suffise. Je crois qu'il faut abolir l'adoption plénière qui non seulement prive les personnes adoptées du contact pourtant crucial avec leurs familles naturelles mais aussi efface même leur existence juridiquement. Notre certificat de naissance est déclaré nul et non avenue et est remplacé par un autre document fictif qui déclare que nous sommes nés de nos adoptants. C'est de la falsification. Autrement dit, c'est une forme de détournement cognitif qui nie et écrase notre identité biologique première et notre réalité au profit d'une « Fiction » dite légale et pourtant qui est à l'origine de la plupart des discriminations systémiques auxquelles nous devons faire face nous , personnes adoptées, groupe social marginalisé et invisibilisé. Je me demande toujours comment les gens peuvent trouver ça normal de couper et de détruire les liens entre l'enfant et sa famille ? Comment est-ce que nous pouvons trouver cela acceptable ? Pourquoi nous passerons normalement que des individus sont à vie à chercher leur famille ? À vivre dans l'incertitude et la non-information ? À se demander qui si sa famille est toujours en vie ? Ou si nous retrouverons nos pères et mères décédés ? Pourquoi avons-nous tant banaliser la séparation et cherchons même à l'encourager. Nous désirons cesser de croire que retirer les enfants des familles aux situations socio-économiques précaires aide'enfant. Ça ne l'aide pas. Ça ne résout rien si ce n'est créer plus de traumatismes à cet enfant.

Dans le système de l'adoption, la pauvreté est perçue comme une raison pouvant justifier l'adoption des enfants. On suppose donc que retirer les enfants de leur famille est une solution à la pauvreté. Alors même que les conditions de vie de la famille d'origine ne doivent pas être la raison de toute séparation d'un enfant à ses parents. N'avons-nous pas vu les réactions véhémentes de la population américaine et mondiale lorsque Donald Trump avait mis en place une politique de séparation entre les immigrés et leurs enfants ? Combien de personnes étaient scandalisées ? Combien de personnes alertaient sur le fait que séparer un enfant de sa famille en raison de leur situation économique est inhumaine ? Pourtant, dans le cadre de l'adoption, le même a choisi se produit. Les mères sont séparées de leurs enfants pour des raisons économiques et sociales au lieu de recevoir le soutien approprié et la personne ne s'en offusque. Grâce à l'adoption, cela est rendu acceptable. Riitta Högbacka, chercheuse à l'université de Helsinki a bien rappelé dans son étude sur « l'adoption internationale et la production sociale de l'abandon » que « l'Assemblée générale des Nations unies (2010) a, par exemple, clairement déclaré que la pauvreté ne devrait jamais être la seule justification pour retirer un enfant à ses parents, pour le placer dans une structure de protection de remplacement ou pour empêcher sa réinsertion, mais qu'elle devrait être considérée comme un signal de la nécessité d'apporter un soutien adapté à la famille. Dans la pratique, le manque de matériel est un facteur majeur de motivation des adoptions, et les mères naturelles appauvries n'ont pas reçu d'aide ou de soutien pour garder leur enfant. Le système d'adoption laisse les mères à elles-mêmes et ne les aident pas. C'est bien vrai, combien d'entre nous, avons retrouvé nos familles dans la même situation qu'au moment de notre adoption ? Toujours dans la même pauvreté , toujours sans ressources et n'ayant reçu aucune aide ? Les parents sont toujours laissés pour compte dans le système d'adoption. Comme l'a dit Debora L. Spar,la doyenne associée principale de la Harvard Business School Harvard School of Business, «Ce sont les États pauvres qui produisent les enfants et les riches qui les consomment. Dans ce processus, les parents pauvres sont laissés pour compte, n'étant que les fabricants initiaux des autres personnes. ».

Arrêtons de penser que les enfants dans les crèches et orphelins n'ont pas de familles, qu'ils ont été délaissés ou abandonnés parce que ce n'est pas vrai pour la très grande majorité. Beaucoup de personnes prétendent que les familles ont le choix de laisser leurs enfants. Ce n'est pas vrai. Aucunes n'avaient la capacité de faire un choix authentique réel et authentique. En effet on leur propose pas d'autres possibilités que l'adoption. Il n'existe pas d'alternatives de prise en charge temporaire, d'aide financière, de structures d'accueil des mères en situation difficiles, de soutien face aux manques de ressources. Donc qu'est- qu'un choix fait en l'absence d'autres ?Ce que nous ce choix ne choix pas dans la rhétorique supposée libre des familles naturelles, c'est le cadre bien précis et contraignant dans lequel la décision de la séparation s'inscrit. De fait, ce que nous écartons de la table, c'est la manière dont le renoncement de l'enfant par une mère et sa famille a été déterminée par des facteurs sociaux, économiques et politiques.les actions de la plupart des mères naturelles, loin d'être un choix éclairé et fait en toute liberté sont plus des séparations forcées qu'autre choisi. Leur "choix" s'est fait en l'absence de toutes les autres alternatives, donc contrainte par l'inégalité des conditions dans lesquelles elles vivent. De plus,lorsqu'on parle de « consentement éclairé » en matière d'adoption, il doit rappeler que toujours ce consentement n'est jamais parfaitement éclairé et qu'il y'a toujours une énorme asymétrie d'informations qui participent à favoriser les consentement des mères naturelles. En effet, si quelques fois les mères ont été correctement informées de leur perte de tous les droits parentaux sur l'enfant et la rupture permanente avec leur progéniture que cause l'adoption, certaines informations qui pourraient avoir des conséquences déterminantes pour la prise de décisions des mères ne leur sont jamais dit. De quoi je parle ? Du traumatisme dévastateur qu'engendre la séparation d'une mère et son enfant tant pour elles-mêmes que pour l'enfant. Les mères ne sont jamais mises au courant des recherches établies sur la séparation, des risques pour l'adoption, des chances d'infertilité secondaire et de développer des troubles psychiques et un stress post-traumatique, de l'importance du lien mère-enfant . Comment expliquer que les adoptants sont aujourd'hui informés des effets des traumatismes (séparation, déraciment et adoption) sur l'enfant adopté alors même que les mères naturelles qui sont poussées à prendre une décision aux conséquences irréversibles ne le sont pas ? On voit donc que le consentement ne peut dès lors que jamais être fait de façon éclairée quand on omet la vérité sur le devenir de l'enfant et sa mère.

Ainsi, nous devons penser les enfants des crèches non comme délaissés mais comme ayant une famille. Ces enfants ont des parents et sinon toute une famille élargie qui tient à eux. Nous devons penser pas à cette famille. Parce que nous n'aiderons véritablement les enfants, nous ne pourrons prévenir les abandon qu'en prenant en compte leur famille. Aidons les plutôt à garder leurs enfants. Soutenons les financièrement pour qu'ils puissent les élever dignement. Investissons dans les associations de conservation familiale et de réunification familiale. Investissons dans les programmes d'autonomisation des familles. Travaillons pour toujours réduire plus le nombre d'adoptions.

L'adoption est-elle vraiment la meilleure option ?

Un adopté transracial d'Haïti s'exprime

par Judith Alexis Augustine Craig adopté d'Haïti au Canada.

Photo de l'orphelinat de Judith – Haïti, 1979

Depuis l'annonce de la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême, sa politique, ses opinions religieuses et sa famille ont fait l'objet d'un examen minutieux. En tant qu'adopté haïtien moi-même, je me suis beaucoup intéressé aux discussions autour de ses enfants adoptés d'Haïti. Il y avait beaucoup de questions sur la légitimité de ses adoptions, en particulier son fils qui a été adopté à la suite du tremblement de terre en Haïti. Cela m'a particulièrement touché, car à la suite du tremblement de terre, il y a eu beaucoup d'enlèvements douteux d'enfants haïtiens.

J'ai été interviewé par plusieurs médias après le tremblement de terre et cette question a été soulevée en permanence. A l'époque, ma réponse était directe. Je savais que de nombreux enfants avaient été adoptés légalement mais attendaient que le gouvernement approuve le processus afin qu'ils puissent rejoindre leurs familles adoptives à l'étranger. J'ai pensé qu'à la lumière de la situation, il était approprié que ces enfants soient autorisés à rejoindre leur famille immédiatement. Le défi est devenu pour ces enfants qui étaient « présumés » orphelins à la suite du tremblement de terre et qui ont été « secourus » par de nombreuses agences internationales qui les ont récupérés et retirés d'Haïti sans vérifier s'ils étaient vraiment orphelins ou s'il y avait d'autres membres de la famille pour les enfants avec qui vivre. Nous avons vu avec horreur des enfants quitter Haïti par avion dans la semaine qui a suivi le tremblement de terre, puis nous avons appris qu'ils n'étaient pas orphelins, qu'ils ne faisaient pas partie d'un processus d'adoption et, pire encore, qu'ils avaient des familles. De plus, nous avons vu des membres d'un groupe religieux tenter de traverser illégalement la frontière vers la République dominicaine avec des enfants haïtiens dont aucun n'était orphelin. Ce ne sont là que quelques exemples d'enlèvements illégaux d'enfants qui ont eu lieu juste après le tremblement de terre.  

Beaucoup de gens pensaient que ces organisations religieuses internationales ou ces ONG avaient bien fait de retirer ces enfants de cette horrible catastrophe naturelle, au lieu de cela, c'était le contraire qui était vrai. Ces enfants venaient de subir un traumatisme extrême et faisaient maintenant face à un autre traumatisme retiré sans avertissement, consentement ou préparation. L'International Social Services (ISS, 2010) a déclaré que l'adoption internationale ne devrait pas avoir lieu dans une situation de guerre ou de catastrophe naturelle lorsqu'il est impossible de vérifier la situation personnelle et familiale des enfants.1

La triste réalité est que les adoptions illégales internationales sur le marché noir continuent de prospérer dans le monde entier, les enfants étant soit kidnappés par leurs parents, soit contraints de renoncer à leurs enfants. Ils sont persuadés de le faire au milieu de fausses promesses qu'ils seront scolarisés à l'étranger puis renvoyés dans leur famille ou que leurs familles pourront les rejoindre à l'avenir. Cela a conduit de nombreux pays à fermer leurs frontières à l'adoption internationale ou à mettre en œuvre des réglementations plus strictes.  

Haïti a emboîté le pas et a introduit des mesures plus strictes interdisant les adoptions privées, limitant le nombre d'adoptions internationales par an, fermant les orphelinats de qualité inférieure et réécrivant le code de l'adoption. Des mesures supplémentaires comprenaient un soutien accru aux familles en Haïti avant qu'elles n'acceptent que leur enfant soit adopté et une période obligatoire pour que les familles changent d'avis.2

Alors que certains craignent que ces nouvelles restrictions signifient que les 50 000 enfants des orphelinats croupissent dans les soins, une réforme est absolument nécessaire pour protéger les enfants et leurs familles. Au cours de mon voyage en Haïti alors que je cherchais ma famille biologique, j'ai rencontré des dizaines de familles qui avaient abandonné leurs enfants des années plus tôt sous de faux prétextes et qui ne les ont plus jamais entendus ni revus. C'était déchirant de voir ces familles dans une telle douleur et angoisse pour leurs enfants perdus. De nombreux « orphelins » en Haïti sont placés dans des orphelinats en raison des difficultés économiques que connaissent leurs familles. Laisser leurs enfants dans un orphelinat est prévu pour une courte période le temps qu'ils stabilisent leur vie. De nombreux parents ont la ferme intention de revenir pour reprendre la garde de leurs enfants. Imaginez l'horreur quand ils ont découvert que leur enfant avait été adopté à l'étranger. Alors, quelle est la solution?

En tant que travailleur social au cours des 15 dernières années, j'ai travaillé dans des pays développés dotés de systèmes de protection de l'enfance complexes qui soutiennent les enfants et leurs familles confrontés à un large éventail de défis. Les systèmes de placement en famille d'accueil n'existent pas de la même manière en Haïti et c'est un domaine qui pourrait fournir un soutien temporaire bien nécessaire aux familles. Bien que cette approche nécessite une éducation plus poussée pour la communauté haïtienne et un engagement financier et pratique du gouvernement, elle gardera les familles ensemble et empêchera les adoptions inutiles et illégales.

Bien que je ne puisse pas parler des circonstances spécifiques entourant les adoptions du juge Barnett, j'espère qu'elles étaient légales et irréprochables. Mon plus grand espoir est que d'autres transformations au sein du système d'adoption internationale se poursuivront afin que les familles puissent rester ensemble dans la mesure du possible en toute sécurité et que les réformes se poursuivront pour protéger les droits des enfants et de leurs familles. L'adoption devrait être un dernier recours, lorsque toutes les autres voies pour garder les enfants au sein de leur famille sont pleinement épuisées et soutenues.

Les références

  1. Adoption internationale après le séisme en Haïti : sauvetage ou vol ?
  2. Haïti corrige le système d'adoption, mais certains craignent que trop peu d'adoptés

Le droit à l'identité

par Maria Diemar, née au Chili élevée en Suède. Vous pouvez accéder à son blog sur Je possède mon histoire Maria Diemar où elle a publié ceci le 23 août.

Le droit à son identité,
est-ce un droit humain ?
Est-ce un droit humain pour tout le monde ?

Où vous appartenez,
les circonstances d'où vous venez,
est-ce important à savoir ?

Est-il possible de supprimer l'historique d'une personne ?
Envisageriez-vous de supprimer l'historique d'une autre personne ?

Qu'est-ce qui est illégal ?
Qu'est-ce qui est contraire à l'éthique ?
Quelles sont les irrégularités ?

Ces dernières années, j'ai découvert de plus en plus mon histoire.
De découvrir que je suis Ingegerd Maria Olsson dans les registres au Chili,
réaliser que je peux voter,
et renouveler mon passeport de 1975,
comprendre qu'il semble que je n'aie jamais quitté le Chili, le pays où je suis né.

D'après mon passeport chilien,
J'habite dans une rue d'un quartier d'affaires de Rancagua.
Selon d'autres documents,
Je vis avec une assistante sociale à Santiago.
Nous sommes probablement plus de 400 enfants vivant à cette adresse :
Monseigneur Müller 38.

Je « vis » au Chili, et je vis aux États-Unis.
Je suis inscrit sur les listes électorales au Chili,
et en Suède, j'ai un passeport suédois et je peux récupérer un passeport chilien quand je le souhaite.

Ma naissance n'a jamais été enregistrée à l'hôpital où je suis né.
Je suis un enfant de personne.
Au lieu d'un acte de naissance,
un protocole a été écrit dans lequel des étrangers ont témoigné que je suis né le jour de mon anniversaire.

Au Chili, je suis inscrit comme orphelin
parce qu'une Suédoise, Anna Maria Elmgren, m'a arrangée et inscrite au registre au Chili.
J'ai un nom suédois dans le registre chilien.
je suis Ingegerd Maria Olsson au Chili.

je suis orphelin
mais j'ai une mère dans les documents du tribunal de Temuco.
Dans les documents du tribunal, j'ai une mère.
Une mère qui me donne.

J'avais 44 ans quand j'ai fait un test ADN,
puis j'ai réalisé que je suis Mapuche.
Je viens d'un peuple autochtone.

Être un enfant d'Autochtones,
ce détail est quelque chose que quelqu'un a oublié de mentionner.
Un détail qui n'a pas trop d'importance.
Ou est-ce?

Le droit à son identité est-il un droit pour tous ?
Qui décide cela ?

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Critique : One Child Nation

Une nation d'enfant un documentaire de Nanfu Wang était profondément émouvant mais très instructif pour moi en tant qu'adopté international ! J'ai appris l'histoire collective douloureuse et traumatisante que la Chine a connue pour tenter de garder sa population sous contrôle. Je comprends que dans l'ensemble du pays, il est nécessaire de les maintenir tous en bonne santé, mais en même temps, mettre en œuvre une politique si durement, sans tenir compte des émotions individuelles dans la mesure montrée dans le documentaire, semblait aller trop loin à mon avis. Je reconnais que je vois cela d'un point de vue blanc car c'est tout ce que je sais, ayant été élevé dans un pays riche et blanc. 

Je suis en étroite relation avec de nombreux adoptés internationaux à travers le monde qui ont été victimes d'adoptions illicites et illégales. J'ai trouvé éclairant de regarder et d'entendre les points de vue de tant de personnes différentes dans divers rôles (mères, grands-mères, pères, frère, trafiquants, professionnels de la santé, fonctionnaires, créatifs), tous touchés par le meurtre d'enfants chinois, abandonnés pour adoption ou que leur mère soit stérilisée de force. Regarder ce documentaire m'a fait me demander si le mot "abandon» est même applicable légalement pour les milliers d'adoptés envoyés à l'étranger depuis la Chine pendant la période de la politique de l'enfant unique. Je pense que le mot "abandon forcé» serait plus approprié, tout comme les nombreux avortements et stérilisations étaient très « imposés » aux femmes. Abandon dans les contextes d'adoption internationale, idéaliste se réfère à une décision bien réfléchie de consentement par les parents génétiques - mais après avoir regardé Une nation d'enfant, je pense que les seuls qui ont vraiment donné leur consentement dans cette affaire, c'était le parti gouvernemental. La phrase répétée à plusieurs reprises par les personnes interrogées disait : « Que pouvais-je faire ? » Aucun d'entre eux n'a estimé qu'il avait l'autonomie ou le pouvoir de prendre une décision vraiment éclairée. Les conséquences de ne pas le faire étaient si dures que cela enlevait tout sens du choix. 

Regarder comment les bébés chinois ont été efficacement canalisés dans le système des orphelinats pour être confiés à des parents étrangers me fait me demander pourquoi seuls les trafiquants ont été envoyés en prison. En réalité, les chefs de parti et les ministres du gouvernement chinois auraient également dû être envoyés en prison pour leurs rôles. C'était leur crime d'imposer cette politique aux familles d'une manière si dure. Pourquoi ne tenir pour responsables que les intermédiaires alors qu'en réalité c'était tout le parti gouvernemental qui créait l'environnement, les incitations, et exigeait l'abandon forcé puis un nombre écrasant d'enfants pour lesquels l'adoption semblait être une excellente solution ? Le gouvernement a obligé les familles à abandonner leurs enfants, les orphelinats ont donné les bébés à des familles étrangères pour d'énormes sommes d'argent ! Si nous supposons que la majorité des enfants sont allés aux États-Unis seuls et calculons le montant total d'argent gagné dans le commerce, c'est un US$10.4b entreprise (US $40 000 par enfant en moyenne pour environ 260 000 enfants). Selon des estimations plus prudentes, si tous les enfants étaient adoptés en Australie, le gouvernement chinois gagnerait AUS$780M ($3000 AUS par enfant). Quelqu'un, quelque part, a gagné une tonne d'argent en adoptant des bébés chinois ! Quelle part de cet argent a été restituée aux familles et à la communauté pour les aider à soulager leurs souffrances sous forme de services de soutien ? À ce jour, il semble qu'il n'y ait eu aucune reconnaissance de la perte et du chagrin des gens, et encore moins des pertes de culture, de peuple, de race, de lieu, de famille, d'héritage et de langue pour les milliers d'adoptés renvoyés. C'est comme si les adoptés internationaux chinois étaient invisibles pour le gouvernement chinois. En étant renvoyés, ces enfants adoptés (dont beaucoup sont aujourd'hui adultes) ont disparu et les Chinois considèrent leur ardoise effacée. Nous qui le vivons, savons que cela ne fonctionne pas aussi simplement. Nous grandissons pour avoir des questions et nous devons en quelque sorte comprendre pourquoi notre pays a choisi de nous renvoyer et de nous oublier, agissant comme si nous n'avions jamais existé.

Je me demande également comment la Chine peut considérer qu'elle suit les lignes directrices énoncées en tant que signataire de la Convention de La Haye pour l'adoption internationale. Comprendre les directives de la Convention de La Haye, tant d'aspects du programme d'adoption internationale de la Chine de cette époque sont discutables. Par exemple, où étaient le consentement éclairé et l'abandon légal des enfants, où sont les documents d'identité véridiques, et comment peuvent-ils justifier les gains financiers mais avec peu ou pas de services post-adoption ?

J'espère que tous les adoptés chinois regarderont ce documentaire à mesure qu'ils vieilliront et mûriront. Cela les aidera à comprendre comment leur vie est devenue si radicalement déplacée. Il est tout à fait normal pour nous, adoptés à l'étranger, de nous demander comment nous sommes arrivés à vivre dans un pays qui n'est pas celui de notre naissance. Ce documentaire est une capture puissante de ce qui s'est réellement passé dans l'arène sociale, politique et économique plus large, ainsi qu'un aperçu des nombreuses histoires individuelles que de nombreux adoptés internationaux chinois peuvent refléter à l'autre bout.

Je me demande si la Chine sera un jour comme l'Australie et le Canada – les deux pays qui ont reconnu leur histoire d'adoptions forcées – sauf que la leur était nationale. Ces deux pays ont depuis reconnu les torts historiques en termes de droits individuels et d'impact et ils ont maintenant présenté des excuses, mais seul le Canada a fourni une réparation financière. Le gouvernement chinois s'excusera-t-il un jour auprès des milliers d'adoptés chinois de les avoir envoyés à dessein à l'étranger ? Et que signifieraient des excuses en action ? Je crois qu'il devrait s'agir d'une offre de services bien financés pour les aider à faire face aux conséquences à vie. J'ai eu une forte impression du chagrin que vivent les familles affligées et tristes en Chine. Ils méritent de savoir ce qui est arrivé aux enfants qu'ils ont mis au monde et qu'ils ont dû abandonner. Pour les adoptés eux-mêmes, beaucoup d'entre eux grandissent dans des pays comme l'Amérique, les Pays-Bas, l'Australie, le Canada et le Royaume-Uni. Ils pourraient être heureux et n'avoir aucune envie de retrouver leur famille. Ou ils pourraient être comme Johanne Zhangjia adoptée en Norvège et assassinée par son demi-frère raciste. Certaines adoptions internationales fonctionnent, d'autres non. Entre ces deux extrêmes se trouvent tous les intermédiaires. Ce sont de vraies personnes, des milliers, chacune avec ses propres questions et réflexions. Tous les adoptés internationaux chinois et leurs familles d'origine méritent de connaître la vérité et d'être soutenus pour se reconnecter s'ils le souhaitent.

Je me demande comment la Chine met en œuvre sa nouvelle politique des deux enfants. Est-ce aussi dur ? Des leçons ont-elles été apprises ? Les enfants restants sont-ils toujours abandonnés de force et confiés à l'adoption internationale ? Comment les gouvernements d'accueil ou les futurs parents peuvent-ils considérer cette offre d'enfants comme éthique, au regard des normes de La Haye en matière d'adoption ?

Il n'y a pas encore eu trop d'avis sur Une nation d'enfant documentaire d'adoptés chinois adultes parce que la plupart sont encore occupés à grandir et à trouver leur voix. L'un des rares à commencer à exprimer ses opinions est André-Anne – elle pose exactement la même question que moi, dans son article.

*Ajouté en août 2021 avec les réflexions de Shelley Rottenberg sur le documentaire, avec nos remerciements à Projets CCI.

Quand le gouvernement chinois va-t-il reconnaître les milliers d'adoptés chinois à l'étranger dans le monde et leur fournir les services de soutien post-adoption dont ils ont tant besoin ? Combien de temps le gouvernement peut-il rester volontairement fermé à sa responsabilité envers ses enfants abandonnés de force ?

Les images ci-dessus des enfants qui auraient été « perdus/abandonnés » sont un symbole des centaines de milliers d'adoptés internationaux chinois qui grandissent dans le monde – élevés dans une mentalité démocratique. Un jour, ils seront une force avec laquelle il faudra compter !

J'espère que le gouvernement chinois sera prêt à répondre à leurs questions et à être honnête sur ce qui leur a fait perdre leur identité, leur culture, leur peuple et leur foyer. Peut-être qu'ils espèrent que ces enfants resteront invisibles et silencieux pour toujours, comme le sont les gens vivant en Chine, mais le gouvernement chinois n'a pas vu les modèles d'adoptés internationaux dans le monde. Nous, les adoptés, ne restons pas tous assis tranquillement et disparaissons. Beaucoup d'entre nous grandissent en masse et trouvent nos voix. J'attends avec impatience le jour où nous entendrons très fort ce que les adoptés chinois à l'étranger pensent de la politique de l'enfant unique et de ses impacts.

L'adoption internationale peut-elle être éthique ? Est-ce que ça fait du bien ?

Dans cette nouvelle série en 3 parties, Leigh Matthews au Podcast DoGooder (également co-fondateur de Repenser les orphelinats), discute avec moi du pourquoi et du comment de l'adoption internationale est-elle bonne et peut-elle jamais être éthique.

Personnellement, j'ai trouvé cette interview la plus approfondie que j'aie jamais faite sur ce sujet. Je n'avais aucune anticipation des questions et à la fin, j'étais un peu secoué et secoué lorsque je réalisais que certains des contenus dont j'avais parlé n'étaient pas aussi cohérents que je l'aurais souhaité car personne ne l'avait jamais demandé de telles questions intensives auparavant. Après toutes ces années à parler, j'ai généralement affiné la façon dont je décris et réponds aux questions, car en parlant à plusieurs reprises sur le sujet, je deviens plus succinct au fil du temps. Cette fois cependant, ma pensée/parler est brut pour une bonne partie et Leigh a fait un travail fantastique pour me secouer ! Elle a une façon naturelle de comprendre ce sujet étant donné que le tourisme des orphelinats est si étroitement lié.

J'ai hâte d'entendre les deux prochaines dames de cette série : Jessica Davis, une mère adoptive américaine qui a rendu son enfant adopté à sa famille en Ouganda après avoir découvert qu'elle n'avait pas été une véritable orpheline ni abandonnée avec une compréhension claire de nos lois occidentales. notion d'adoption. Jessica a ensuite fondé une organisation Kugatta pour aider d'autres familles adoptives qui se trouvent dans des situations comme la sienne. Puis Laura Martinez-Mora, avocate et secrétaire au Bureau Permanent de La Haye équipe, responsable du portefeuille adoption internationale qui apporte son point de vue professionnel.

Nos points de vue ensemble sur ce sujet aideront à développer une conversation approfondie indispensable sur la façon dont l'adoption internationale se produit aujourd'hui, si elle fait plus de mal que de bien et si elle peut être éthique.

Vous pouvez écouter ici.

Un grand merci à Leigh Matthews pour le privilège d'être impliqué dans votre podcast !

Il n'y a pas de crise des orphelins, c'est une crise de séparation familiale

Il n'y a pas de crise des orphelins, c'est une crise de séparation familiale.

Les familles vulnérables sont ciblées et inutilement séparées de leurs enfants. Quand on se rend compte que 80-90% des enfants dans les orphelinats ont des familles, il faut ajuster notre réflexion. Nous devons arrêter de dire qu'il y a une crise des orphelins et lorsque nous entendons des églises, des amis, de la famille ou que nous voyons des publications sur Facebook clamer ces mensonges, nous devons être courageux et remettre en question ces idées fausses. Si nous continuons avec la rhétorique de l'adoption telle qu'elle est maintenant, nous ne faisons rien de bon ! Retirer inutilement un enfant de sa famille n'est pas une « vie meilleure ». Un enfant qui perd tous ceux qu'il aime et tout ce qui lui est familier n'est pas dans son « meilleur intérêt ». Faire quelque chose pour le plaisir de « c'est ce que nous avons toujours fait » est irresponsable et à cet égard, je pense que c'est criminel. Si nous sommes conscients de ces réalités et que nous ne faisons rien pour y remédier, même si nous choisissons de les ignorer, nous sommes complices. 

Dans les pays en développement, les orphelinats ne sont pas perçus comme nous le comprenons en Occident. De nombreux parents aimants ont été convaincus que les orphelinats sont un moyen de donner à leurs enfants les opportunités qui leur ont été refusées. Comme tout parent aimant, nous voulons tous mieux pour nos enfants. Les directeurs d'orphelinat et les chercheurs d'enfants promettent aux familles une meilleure éducation, 3 repas par jour, des équipements améliorés et un endroit sûr pour dormir pendant qu'ils peuvent encore voir leurs enfants. Malheureusement, la réalité est souvent très différente, surtout lorsqu'il s'agit d'un orphelinat corrompu. Ce type d'orphelinat fera tout ce qui est en son pouvoir pour séparer la famille et l'enfant. 

Je l'ai déjà dit et je le répète. Si vous choisissez d'adopter à l'étranger, vous ne devriez même pas envisager cela à moins que vous ne soyez prêt à investir votre temps et votre argent pour assurer tous des efforts ont été faits pour garder cet/ces enfant(s) au sein de leur famille et de leur culture. Faire confiance à une agence d'adoption, à un directeur d'orphelinat ou à toute autre partie qui profite de l'adoption n'est ni acceptable ni suffisant. Au début, j'ai lamentablement échoué à cela. J'ignorais les réalités en jeu, et à cause de MON ignorance J'ai permis à des criminels de trafiquer un enfant innocent de sa famille. J'ai fait publiquement mes erreurs et les réalités connues au sein de la communauté de l'adoption internationale dans l'espoir que mes erreurs et révélations à travers ce processus permettront à d'autres de faire mieux. En toute honnêteté, devrions-nous même parler d'orphelins, d'adoption, etc. si nous n'avons pas correctement abordé la crise de séparation familiale actuelle ? Ce n'est qu'une fois que nous nous sommes assurés que chaque famille a eu toutes les chances de rester ensemble que nous devrions même prononcer le mot adoption.

Écrit et partagé par Jessica Davis pendant le Mois national de sensibilisation à l'adoption.

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